Je me suis d'abord demandée ce qui m'arrivait.

Pourquoi, après trois années d'indifférence, avez-vous commencé à m'intriguer ainsi ?
Pourquoi tout d'un coup, cette inexplicable et délicieuse sensation, chaque matin, juste avant de vous retrouver ?
Pourquoi ce besoin de vous voir et de prolonger l'instant, toujours un peu plus ?
Pourquoi cette panique, à l'approche de votre départ, pourtant annoncé depuis plusieurs mois ?
Pourquoi ce bonheur, en pensant à ce fil ténu mais bien réel, de complicité avec vous, mon cher honnête homme si farouche et si secret ?

Et puis j'ai pensé à vous.

Comment expliquer ce qui vous poussait à vous confier à moi, chaque jour davantage ?
Comment appréhender ce qui se passait dans votre esprit brillant, mais si terriblement complexe ?
Comment être sûre que ces signes n'étaient pas juste le fruit de mon imagination, détraquée pour la plus belle des raisons ?
Comment interpréter vos écrits, bien plus audacieux que vos paroles ?
Comment savoir si, malgré ces barricades que vous reconnaissez avoir soigneusement érigées depuis tant d'années, vous aussi étiez tombé dans ce piège inattendu ?

Je n'ai jamais osé vous le demander.

Je n'ai donc jamais connu votre version de notre histoire.

Mais en ce qui me concerne, je sais, sans aucun doute possible.

J'attends l'occasion et le courage, qui ne viendront d'ailleurs peut-être jamais, de pouvoir vous le dire.

Je vous aime.