Vous êtes merveilleuses.
Mamie qui m'a fait lire les exercices de style Queneau, qui m'ont menée par la suite à découvrir Cidrolin. Mémé qui m'a ouvert de vieux livres de prix, illustrés de gravures, racontant le Tour de France d'un Petit Parisien, la révolution de 1848 ou la légende de Prométhée. Mamie qui m'a menacée de m'accompagner passer mes examens et de m'attendre dans le couloir, un jour où j'étais tellement paralysée par le stress que j'ai failli ne pas y aller. Mémé qui m'a montré comment danser au son de l'accordéon, la valse, la polka et la scottish. Mamie qui maquille ses lèvres de rouge carmin, jusque sur son lit d'hôpital, parce qu'on peut toujours être séduisante, même avec le col du fémur en compote. Mémé qui râle contre l'évolution de la société, et loin de se laisser aller au spleen, fabrique sur la table de sa cuisine des pancartes pour la prochaine manifestation. Mamie et son génie de la cuisine : « c'est comme la chimie, tu mélanges les ingrédients et tu vois ce que ça donne ». Mémé qui s'initie, à bientôt 80 ans, aux joies de l'informatique, des mails échangés avec les petits enfants, et des pièces jointes à enregistrer sur le disque dur de ce maudit ordinateur. Mamie qui trouve qu'un repas à 6 ou 8 autour d'une table, c'est bien agréable, mais que si on était 40 pour un méchoui l'été prochain, ce serait tellement mieux...

Mes grands-mères, vous qui avez traversé les années en gardant intactes votre capacité d'émerveillement, votre curiosité, votre indignation, votre tendresse, je vous aime!